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: 2010 : 2009

Dialogen met kunstenaars in residentie

Interview met Pierre Rubio
Als we ophouden met dansen, denken we dan nog?
:: Interview
Interview met Pierre Rubio
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Interview avec Pierre Rubio par Lilia Mestre aux Bains ::Connective en Mars 2006.

(Pierre Rubio prépare une conférence qu’il va donner à l’Université de Lille 1 dans le cadre d’une résidence dans cette ville. Cette conférence s’intitule : « Pierre Rubio est-il chorégraphe ? » L’entretien qui suit a lieu en pleine élaboration de ce travail.)


L: Dans une conversation précédente, tu as parlé de dépendance et d’autonomie dans le champ de la création chorégraphique. Qu’est ce que tu veux dire par là ?


Pierre : C’est-à-dire que je pense qu’il n’est plus possible de ne pas questionner le fonctionnement académique de la danse. C’est-à-dire le fonctionnement pyramidal où le chorégraphe impose son langage et fait que ses danseurs sont obligés de copier son corps, son style et son ego.
Maintenant l’artiste chorégraphique voyage entre différentes postures qui l’oblige à s’autonomiser, à assumer et affirmer ses choix. Donc, logiquement il s’affronte à la complexité de fouiller et défendre ses recherches. En fait, je pense que le travail, c’est ça, s’affronter à la complexité.
Avant dans la danse, on s’affrontait à la simplicité maintenant on s’affronte à la complexité.


L :Est ce que tu penses que l’affrontement avec cette COMPLEXITE ouvre le champ de la danse?

Pierre : En ce moment je lis un livre. C’est un des textes d’un recueil d’entretiens avec Judith Battler qui s’appelle « Changer de sujet: la re-signification radicale ». (J. B. est professeur de rhétorique, ça veut dire qu’elle s’occupe de la complexité du langage.) Dans ce texte, elle parle de l’importance de s’affronter à des textes complexes. De se mettre devant des textes qui défient le vocabulaire, qui défient la grammaire, qui défient la syntaxe.
Elle cite Adorno dans « Minima Moralia » qui parlent « de la douleur, de l’épreuve que représente un langage difficile, mais aussi de l’absolue nécessité d’une telle épreuve pour le développement d’une attitude critique à l’égard du monde social, si nous ne voulons pas saisir ce monde social tel qu’il nous est donné, tel qui nous est rendu non seulement familier mais encore naturel. »

Remplace texte par chorégraphie, et tu comprends ma positon face à la complexité de toute la question chorégraphique aujourd’hui. De la possibilité et de l'impossibilité de faire de la chorégraphie aujourd’hui, de ses modes de fabrication, de ses modes de production, de son organisation… de la modélisation univoque des danseurs et les chorégraphes…on est sorti aussi de l’époque où le spectateur savait ce qu'était la danse parce que le critique savait pour lui ce qu’elle voulait et devait dire.
Les choses ne sont plus données telles quelles sont mais choisies.

L : Tu penses que c’est dû au fait qu’on vit dans une société complexe ?

Pierre : Je pense que la société de la danse contemporaine est une société complexe. La société en général est moins complexe que ça. On vit dans une société fasciste, dominé par des rapports de pouvoir et par le grand capital qui simplifient les choses. Une société du dis-jointement, de la brisure, de la cassure, de l’atomisation. Les gents vivent dans des cases séparées et pré-formatées, les gens sont transformés en objets qui ne sont plus capables que d’acheter d’autres objets. La société de la danse contemporaine a le mérite d’être plus complexe et de tenter de formuler et d’expérimenter ce que pourrait être une société plus humaine. Par société plus humaine, je veux dire une société pour les humains.
C’est-à-dire des personnes actives non-atomisées et non simplifiées et qui s’occupent de relier leurs parties, de relier leurs morceaux et qui justement ne se laissent pas dépecer. Car un humain dépecé c’est un objet mort et pas une personne vivante. Car une personne vivante est constituée de beaucoup de parties, d’un agencement complexe…de parties de natures différentes, de textures différentes, de volumes différents…qui élabore un corps complexe de et par toutes ces parties.

En fait j’envisage la danse contemporaine comme un lieu de résistance.

L : Pourrais-tu me parler de l’utilisation du langage dans ton travail ?

Pierre : Dans mon travail Il y a deux types de parole. J’utilise une parole charnelle, corporalisée et le langage proprement dit. Ma danse vient du dialogue entre le corps et le langage.
Je travaille sur la perception, les sensations, donc un infra langage, le langage sans mots. Puis j’arrive à une limite, à une frontière que je traverse et qui fait que la danse se transforme en langage articulé. Ensuite ce langage articulé arrive lui aussi à une frontière et bascule de nouveau dans le langage sans mots, dans le langage du corps.
Je dirais qu’il y a plusieurs types de langage dans mon travail et que j’élabore de plus en plus une dialectique entre ces langages. Je m’intéresse par exemple à la disparition du corps quand on va vers le langage parlé et à la disparition du langage quand on va vers la danse.

Par exemple quand je parle, mon corps semble disparaître, mais je suis toujours là. Alors où est ce que je suis allé ? Je questionne l’apparition et la disparition du corps et du langage. La TRANSPARENCE de ces allers-retours est le thème principal de mon travail actuel. Comment ces couches et ces mouvements sont visibles et invisibles à la fois. Et comment peuvent-ils être exposés.

Dans « Dance as text » Mark Franko parle d’une théorie de la danse élaborée au XVe siècle qui décrit le processus de « fantasmata » propre à la danse. Il dit que la danse est « fantasmata » car elle se tient entre une pose A et une pose B. C’est-à-dire un non-lieu et pourtant le lieu même du mouvement. Être là et en même temps ne pas être là, apparaître et disparaître au même moment.

Le mot « fantasmata » m’inspire beaucoup, ça a donné en français les mots : fantasmes et fantômes. Ce qui est présent et absent en même temps…

En ce moment je m’attache à deux aspects de cette problématique : premièrement la pose envisagée comme la cristallisation du mouvement mais aussi de la pensée. Ce qui voudrait dire que quand je danse (quand je suis un fantôme) je mettrais aussi la pensée en mouvement, je donnerais cours aux idées. On ne peut penser qu’en dansant ? Si on arrête de danser, on arrête de penser ?

Et deuxièmement : Quelle est la nature de cette pensée qui n’exclut plus le corps ?
Pour moi c’est un des principaux défis de la danse du XXIe siècle. Pour le dire vite je pense que la danse a un rôle important à jouer dans la redéfinition de la relation entre corps et pensée. Elle pourrait par là participer à un réagencement profond de la société, des mentalités, des problématiques politiques, éthiques…

Au XX éme siècle on a pu observer qu’il n’y avait pas de danse sans révolution, j’espère qu’au XXI éme il n’y aura pas de révolution sans danse.
18 04 2007

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