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Dialogues avec les artistes en residence

Interview avec Emma Lindgren
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Peut être pourrais tu commencer par nous parler un peu de ton passé et de ton vécu?

En ce qui concerne ma pratique artistique, je pense que j'ai un vécu assez éclectique. J'ai commencé par faire de l'improvisation et du 'contact-improvisation' puis j'ai essayé de trouver les outils qui me permettraient de développer cette pratique. J'ai fais de la danse pendant un moment et j'ai étudié le théâtre et le Butoh. Pendant Deux ans avec un chorégraphe de Butoh suédois dont le nom est SU-EN;et après ça j'ai vraiment eu envie de créer mon propre travail et de commencer à chorégraphier. J'ai postulé pour Laban à Londres et je suis allée à Amsterdam où j'ai travaillé pour cette candidature. Et puis une fois à Londres j'ai étudié un peu plus d'un an et j'ai pris une pause de huit mois. J'y suis retournée l'été dernier pour mon dernier projet. Puis je suis venue ici!
Je suis venue en Belgique pour des raisons personnelles et parce que ça m'avait l'air d'être un bon endroit pour travailler jusqu'à ce qu'il arrive tous ces danseurs. Je n'ai pas suivi de classes et du coup je n'ai pas rencontré beaucoup de gens grâce à ça mais j'ai mis une annonce sur le site Internet de Contredanse et organisé un workshop et c'est là que j'ai trouvé les danseurs avec qui je travaille aujourd'hui.


Comment fais tu de l'improvisation un champ d'expérience?

Il y a beaucoup de chorégraphes qui utilisent l'improvisation dans la création. Il y a beaucoup de gens qui insèrent de l'improvisation dans leurs travaux.
En ce moment je travaille avec de l'improvisation pure. Et ce que nous faisons dans les 'improvisation lab' (qui est une partie de mon travail dédié à l'exploration), on trouve des moyens de faire de l'improvisation, des structures et d'autres choses qui ont pour but de découvrir comment se servir de cette connaissance dans une situation de performance.
La deuxième partie du 'lab' a pour but de reprendre mon projet de fin d'étude à Laban, qui une installation-performance, basée sur l'improvisation et dont la caractéristique principale est l'interaction entre les acteurs de la performance et les personnes du public. C'est une improvisation très informelle.

Je suis entrain de mettre en place une soirée d'improvisations aux Bains::Connective avec des danseurs et des compositeurs de musique électronique qui eux aussi improviseront. J'aimerais que cette performance devienne une sorte de grosse salade dans laquelle tout le monde aurait sa place.

Et je fais aussi la pièce 'Only To Do Nothing'.


Tu peux nous parler de ce titre?

C'est vraiment lié au moment où j'ai fais une pause dans mes études, j'étais vraiment surchargée de travail et un peu épuisée et puis j'ai eu cette idée géniale de prendre la vie cool, de voir tous les films d'art et d'essai et de lire tous les livres qui existent. J'ai eu envie de faire les choses que je n'avais jamais eu le temps de faire parce que je travaillais trop. Et quand j'ai fais cette pause j'étais tellement épuisée que je n'ai rien fait qui pouvait être lié à l'art. Même penser à aller voir une exposition était trop dur. Je passais mon temps à dormir, à lire des nouvelles et à regarder des comédies ou des thrillers.

C'était vraiment nécessaire pour moi de prendre du recul sur toute cette pression, de vouloir aller mieux et de me rendre compte de ce qui se passait autour de moi.


Comment as-tu recommencé?
J'ai commencé par travailler la vidéo. L'idée c'était de faire une installation avec de la vidéo et de la faire habiter par des gens. J'ai eu l'idée de mettre des matelas au sol pour qu'il y ait des gens qui regardent les vidéos au plafond et que cette image soit la plus simple possible, sans trop de mouvements.
Ce projet devait être mis en place dans un festival où beaucoup de choses allaient être montrées donc j'ai décidé de proposer une pièce très calme avec le moins d'images possibles, pour que les gens puissent se relaxer. J'ai commencé à travailler avec les artistes, 2 danseurs professionnels, 1 acteur, 1 chanteur et une personne normale (rires). Travailler avec eux m'a permis de changer mon axe de travail et finir par être plus ciblée sur ce qui se passait entre les acteurs de la performance et les membres du public. J'avais un peu peur de recommencer à cause de la pression mais c'est devenu beaucoup moins stressant tout en rajoutant plus de plaisir à jouer. J'ai arrêté d'être aussi soucieuse de la façon dont les gens pouvaient percevoir mon travail. Ça a été assez difficile à l'Institut car je n'arrivait pas à m'adapter mais ça a été positif dans le sens où j'ai dû définir mes choix artistiques.

Si tu devais te décrire ou décrire ton travail, qu'est-ce que tu dirais?

Je n'aime vraiment pas me décrire. Je pense que je peux me décrire comme une personne qui cherche, qui cherche à aller quelque part mais je n'aime pas me décrire telle que je suis, comme quelque chose d'immuable. Je me sens toujours fraîche—nouvelle comme une artiste!

Je pourrait dire, improvisation dans n'importe quel domaine et émergence des choses, en laissant ces choses évoluer lorsque nous travaillons avec. Je suis aussi intéressée par les mélange des disciplines, l'interdisciplinarité, le fait que nous soyons capables de rassembler différentes approches et de ne pas créer une œuvre d'art pour elle même mais plutôt de mettre en place une situation dans laquelle les artistes et le public peuvent participer en même temps.

Par exemple, dans 'Only To Do Nothing', les frontières sont abolies- ce n'est pas évident de dire qui est quoi et c'est ça qui m'intéresse. Je suis aussi attirée par les rencontres qui se produisent entre les artistes et le public ou entre le public et le public parfois.
Je me penche surtout sur l'expérimentation du moment plutôt que sur le résultat visuel final.

Comment en es-tu venue à ce genre de choses?
Je pense que c'est venu du fait que j'ai toujours voulu être plus proche des artistes des performances dans lesquelles j'intervenais. Je voulais rompre les barrières. Mais je ne pense pas que toutes les performances devraient être comme ça. C'est juste ma façon de voir les choses.

C'est juste en réaction à la culture prônée par les mass-médias où c'est un petit groupe de gens qui donne l'information au très grand nombre qui attendent sûrement un peu plus d'humanité dans les interactions. Je suis à la quête d'interactions humaines.

Le public peut être plus actif. Personne ne peut mener à bien cette idée de démocratie quand les gens sont passifs; pour faire vivre cette idée le public doit devenir actif. Notre culture est passive, nous somme passifs la plupart du temps, lorsque nous consommons, que nous travaillons.

C'est créer un espace où tu peux te détendre, dans lequel tu n'as rien à achever, et où même les danseurs n'ont rien à achever, où tout le monde est libre de simplement s'allonger, se reposer et regarder. Ils ne doivent pas présenter ou donner quelque chose à voir à chaque fois. Il est possible d'établir une relation intime avec quelqu'un que tu ne connais pas, avec un étranger. Ainsi que pour le toucher, je pense que nous oublions beaucoup la sensation du toucher.

En tant que danseurs, nous ressentons ce genre d'expériences, nous bougeons, nous nous touchons et en improvisation, nous nous sentons libres. et je pense que c'est important de transmettre ce genre d'expérience au public pour qu'il puisse, par extension, percevoir cette façon d'être.

Tu penses que l'art peut servir cette cause, et être un outil pour l'interaction, la communication, le toucher?

Oui, bien sûr!!! L'art peut tout être!!! L'art possède un champ très large.
Quand je commence, je ne me demande jamais à quoi va pouvoir servir cette pièce, mais je pense, par exemple, à la création d'un espace où les gens pourront être libres de faire ce qu'ils veulent, mais je pense que lorsque tu as quelque chose de très présent à l'esprit, tu cherche à le concrétiser à travers ton travail en cours.

Et comment nourris tu ta recherche?
Le plus important est de pratiquer en studio et discuter avec les danseurs sur ce qui est entrain de se passer et la deuxième chose importante est de lire. J'adore lire et je tire mon inspiration de là.

Quel genre de livre lis-tu?

Beaucoup de philosophie, j'adore lire sur des travaux phénoménologiques appliqués à la performance ou aux films. Pour moi Nicolas Bourriand est un auteur important pour ses travaux sur les relations esthétiques. Et il y a le Bouddhisme aussi.

Tu pratiques le bouddhisme?
Pas vraiment par de la méditation mais je le pratique dans ma vie de tous les jours. Ça m'inspire. Ça touche beaucoup au fait de te permettre de vivre au présent en acceptant les choses qui arrivent. Ça parle aussi de compassion que tu peux avoir envers toi-même et envers les autres et de la nécessité de toujours garder un esprit ouvert.
Essayer de ne pas porter de jugement, essayer de ne pas laisser tomber les choses mais de permettre au négatif et au positif d'exister.

Il y a une femme, américaine et je pense qu'elle doit être religieuse, qui écrit des livres assez populaires sur le Bouddhisme. Elle s'appelle PEMA CHODRON et je l'apprécie beaucoup.

Et c'est quelque chose qui a beaucoup de rapport avec la phénoménologie, qui traite de l'expérience immédiate et sensorielle de l'homme par rapport à son environnement. Et j'essaye d'intégrer ça à ma pratique artistique.
Par exemple, travailler avec ce que tu perçois lorsque tu bouges, dans le but de ressentir une présence forte ou de parvenir à trouver comment être dans le présent. C'est un peu comme de la méditation lorsque tu ressens les choses et que tu permet à ce que tu vois et à ce que tu entends de pénétrer et de circuler à l'intérieur de ton corps. Ton corps devient alors poreux, et tu peux évoluer avec cette sensation d'être une éponge pour ce qui t'entoure.

Tu peux nous citer un ou plusieurs auteurs phénoménologistes que tu apprécie?<:b>
Ce sont des écrits à propos du théâtre et de la performance, comme par exemple: ' Great Reckonings in Little Rooms: On the Phenomenology of Theater” de Bert O. States et “Bodied Spaces: Phenomenology and Performance in Contemporary Drama” de B Stanton.
David Abram et un écrivain qui mélange des théories environnementalistes, anthropologiques, phénoménologiques et linguistiques. Il a écrit un livre très 'inspiré' dont le titre est ' The spell of the sensuous”.

Je pense que le plus important c'est d'être conscient d'être sur terre et de vivre chaque chose au moment présent. C'est d'ailleurs quelque chose de très important en improvisation tant que tu essaies de répondre à ce qui se passe autour de toi.

Et à propos des mots? Tu utilises les mots dans ton travail?
Oui, dans 'Only To Do Nothing' J'utilise une corde de mots que l'on suis le long d'un couloir qui amène au cœur de l'installation. Le texte est en partie écrit par une danseuse, qui est un texte qui parle de ce qui se passe lorsque tu es allongé sur ton lit et que tu regardes le plafond très longtemps. J'ai vraiment eu l'impression de me reconnaître dans cette expérience et j'ai voulu l'incorporer dans mon texte.

Et comme je l'ai dit tout à l'heure, dans “Only To Do Nothing”, lorsque tu arrive dans l'espace principal, il y a des matelas au sol et sur certains d'entre eux il y a des images projetée depuis le plafond. Il y a aussi plein de coussins qui pendent du plafond et à l'intérieur de certains nous avons placé des petits haut parleurs afin que les gens mettent leurs têtes sur le coussin et entendent des discussions enregistrées lors des répétitions, des histoires racontées par les danseurs et des textes improvisés.

Est-ce que tu reformules ton spectacle à chaque fois que tu le présentes?
Oui, “Only To Do Nothing”est un spectacle très ouvert et très flexible. Et je m'y emploi au travers de la relation à l'espace et tout ce que cela comporte de possibilités. La première représentation à Londres était très visuelle car nous avons utilisé une multiplicité de projections vidéos; la deuxième était beaucoup plus physique et interactive. Le groupe de danseurs avec qui je travaille change en permanence et évolue en fonction de l'endroit où je vis et à chaque fois nous créons de la nouvelle matière, des nouvelles vidéos etc. en ce moment nous sommes sept avec moi-même à travailler: Natasha et Hanna d'Allemagne, Meredith des USA, Saioa du Pays Basque, Amelie de France et Caroline de Belgique.
J'aime aussi beaucoup inviter des gens aux répétitions pour de courtes périodes sans leur avoir nécessairement parlé au préalable du spectacle, mais juste pour avoir des personnes qui répondent par leur propres expériences à ce que nous faisons. Si il y a quelqu'un qui vient nous rendre visite, un ami ou qui que ce soit, il peut venir et se joindre à nous. Et tous les gens qui participent en amont sont toujours les bienvenus à revenir répéter ou même à participer le soir de la représentation. J'aime bien qu'il y ait des gens qui viennent de temps en temps parce que ça aide à se rappeler que le spectacle doit rester ouvert.


Est-ce que tu disposes d'aides financières?

Non, je suis en Belgique pour une courte période et en Suède on ne peut pas être subventionnés pour le travail qui est produit à l'étranger.
Du coup, c'est pas facile.
Pour l'instant, tout le monde travaille bénévolement. Nous travaillons à mi-temps parce que chacun d'entre nous à besoin de travailler pour gagner sa vie. Mais je pense que c'est une bonne chose car je ne suis pas quelqu'un qui pourrait être créatif 40 heures par semaines. J'ai besoin de rester en contact avec la réalité, sur des bases régulières…
Je dois dire que je viens juste de commencer un boulot de 2 jours par semaine et c'est bon d'avoir un pied dans le monde extérieur, c'est presque libérateur, ça te débarrasse de la pression que te met ce que tu es entrain de faire et ça te fait sentir que l'art peut revêtir une dimension très importante. Je pense que c'est très bon pour la santé et que ça évite de devenir trop prétentieux (rires).

Peux-tu décrire une séance de travail?<:b>
On commence toujours avec un échauffement, pour préparer le corps et l'esprit à travailler. Par exemple si on travaille avec nos sens, il faudrait commencer par ressentir les choses et bouger en ressentant ce qui nous entoure. C'est vraiment différent à chaque fois. Je ne prévoit jamais vraiment ce que l'on va faire.
On peut faire un travail de contact improvisation ou par exemple faire des duos de courtes impros. Ensuite selon nos réactions, on donne aux deux autres performers une directive en rapport avec ces réactions. Il y a tellement de choses que chacun d'entre nous puisse faire… tant de choses différentes auxquelles ont peut porter de l'attention.

Faire attention au temps, à l'espace, aux relations humaines; est-ce que je doit suivre le mouvement où est-ce que je cherche à me différencier, est-ce que mon énergie est toujours la même? Tant de caractéristiques de l'improvisation sur lesquelles se concentrer. Et lorsque tu en choisie une pour commencer à travailler tu finis toujours par en trouver cinq autres à explorer et tu continues…

Nous parlons beaucoup de ce qui nous intéresse. Si quelqu'un ne te comprend pas, cela t'amène à reformuler ce que tu penses et trouver d'autres solutions et c'est très, très enrichissant.
J'aime vraiment faire des choses en groupe, travailler sur l'incompréhension et la compréhension plutôt que le travail issu de la tête d'une seule personne.
Je demande également aux danseurs de mener une session d'exercices. Et même si je dirige artistiquement le groupe, les gens peuvent modeler le travail selon leurs intérêts, leurs idées et leurs désirs. Il n'y a pas que moi qu décide.


Qu'est-ce qui t'intéresse dans le travail collectif?

C'est de partager une expérience, des savoirs et notre état d'esprit lorsque nous travaillons. Je pense que c'est lié au fait que j'apprécie les qualités de chacun des danseurs et que je trouve beaucoup plus intéressant de voir ce qui peut se passer entre plusieurs façons de penser plutôt que seulement au travers de la mienne.
Un et un c'est plus que 2! (rires)
Chacun vient avec son expérience, les gens perçoivent les choses différemment et je pense que ce n'est vraiment pas normal de ne pas se rendre compte de ça. Plu tard, j'aimerais explorer encore plus les possibilités du travail en groupe et du processus qui se crée à partir de là. J'aimerais aussi faire ça avec des artistes d'autres disciplines. Ce qui m'intéresse ce n'est pas ce qui se passe lorsqu'une personne essaye de promouvoir son avis mais plutôt lorsque l'ensemble des gens regarde ce qui se passe entre eux.
Si je dois définir mon rôle au sein de ce groupe, je ne pourrais pas dire que j'en suis clairement le dirigeant. J'essaie de trouver une façon personnelle de faire évoluer ces relations avec de la flexibilité et de la responsabilité. C'est très important pour moi que chacun trouve sa propre façon de travailler au sein du groupe.

20 12 2006
06 06 2007

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